Raymond Lumley
Merriblinte, tel qu’Irma Waybourne l’a conçu avant sa rencontre avec Ève de Poitiers, est un livre comportant, outre une succession alternée de pages de textes et d’illustrations, quatre pages de couverture clairement identifiées par leur couleur foncée — la première de celle-ci attribuant la paternité de l’ouvrage, non à Irma Wayboure, mais à son austère mentor issu du Temps du Rêve, Ninggalobin.
Merriblinte, page de couverture
Merriblinte, verso de la page de couverture, avec le cryptoglyphe de Lunèbres = Témière
[Les troisième et quatrième pages de couverture nous présentent les « portraits » successifs de Bidju le planeur sucre et de Myndie le serpent arc-en-ciel, les deux principaux Esprits du Temps du Rêve dont le mythe nous conte les aventures.]
EingAnjea : l’amorce d’un livre
Le couple formé par Irma Waybourne et Ève de Poitiers (une auteure composite appelée par elles « IrmÈve ») a tout d’abord envisagé de donner à EingAnjea une présentation analogue à celle de Merriblinte. Quatre « pages de couverture » et deux « pages de compensation », que l’on peut qualifier de Liminaires, ont ainsi été conçues ; elles devaient accompagner les deux versions (anglaise et française) du recueil, qui ne fut jamais relié, et resta pour finir à l’état de huit liasses de feuilles volantes.
La première « page de couverture » est celle du titre, qui a été conservée sous ses deux versions :
Page de titre pour EingAnjea, version française d’AnjeiNgana
Page de titre pour AnjeiNgana, version anglaise d’EingAnjea
Ces deux œuvres furent réalisées dans l’esprit des emblèmes figurant dans EingAnjea.
La « deuxième de couverture » prévue pour EingAnjea comporte un emblème sans titre (et sans « fragment accompagnateur ») dans lequel apparaît une triade féminine (« les trois Grâces ») immergée dans un fond qui, comme c’est le cas pour chacun des titres individuels des sept poèmes du recueil, représente le Dôme de Genbaku (devenu mémorial de la paix) à Hiroshima, cette fois tel qu’il était avant l’explosion de la bombe atomique de 1945 :
Les « troisième et quatrième de couverture » (qui auraient été les pages 271 et 272 d’EingAnjea) sont quant à elles dédiées à la poétesse Sapphô :
EingAnjea, troisième page de couverture
EingAnjea, quatrième page de couverture
Irma Waybourne a, nous dit Ève de Poitiers, longuement hésité en ce qui concerne la ou les langues qu’il convenait d’employer pour les fragments poétiques accompagnant cet emblème ; Ève de Poitiers a pour cette raison conservé la version alternative rédigée en français (une troisième version, en anglais cette fois, a été perdue) :
Les fragments de poèmes qui figurent sur cette page ont eux-mêmes été retrouvés sur des lambeaux de papyrus.
*
Il était d’autre part important que, dans la pagination d’un éventuel Einganjea réalisé sous forme de livre, les cryptoglyphes et fragments poétiques accouplés demeurent en regard l’un de l’autre, toutes les tables de cryptoglyphes figurant au verso d’une feuille et les tables de fragments poétiques au recto de la feuille suivante.
Irma réalisa pour cette raison deux emblèmes particuliers avec, en lieu et place du « titre » (ou du « fragment poétique ») attendu, deux citations respectivement tirées des œuvres de Renée Vivien et de Natalie Barney, les deux poétesses saphiques qui entretinrent publiquement une tumultueuse liaison dans le Paris de la Belle Époque :
EingAnjea, page 1. Citation d’un poème de Renée Vivien
EingAnjea, page 268. Citation d’un poème de Natalie Barney dédié à R.V. (Renée Vivien)
[Plusieurs portraits des deux amantes parisiennes apparaissent par ailleurs dans des emblèmes d’EingAnjea, en particulier dans les poèmes consacrés aux deux vies parallèles menées par Eingana et Anjea aux pieds de la tour Eiffel (2. Danse des montres au point du jour) et dans les Serres de Pierre (5. Par le retour compliqué du semblable).
NOTE.
Il existe une autre page de titre encore, intitulée : Merriwollert, le temps du rêve ; elle devait officialiser la réunion de Merriblinte et d’EingAnjea au sein d’un seul et unique volume :
Page de titre pour : Merriwollert – Le temps du rêve (sans nom d’auteur)
Ébauches et repentirs
Le projet d’édition d’EingAnjea sous forme de livre n’eut pas de suite : selon Ève de Poitiers, il fut décidé, dès les premières tentatives de réalisation de l’ouvrage, que les emblèmes et les tableaux d’EingAnjea, bien que tous réalisés sur des feuilles de papier au format : 12 x 16 inches (30,48 x 40,64 cm), seraient orientés dans l’une ou l’autre dimension du support selon leur rapport largeur/hauteur.
Étant de forme carrée ou légèrement oblongue, la plupart des emblèmes et toutes les tables d’EingAnjea ne posèrent aucun problème, tel par exemple le premier emblème de la face 4 de : 5. Par le retour compliqué du semblable.
EingAnjea, page 207 — 5. Par le retour compliqué du semblable
Et il en allait bien entendu de même pour les emblèmes dont la largeur excédait de loin la hauteur :
EingAnjea, page 94 — 3. A rebrousse larmes, second emblème de la face 4
Les deux femmes voulurent cependant que les emblèmes nettement plus hauts de larges soient réalisés après inversion de l’orientation habituelle de la feuille :
EingAnjea, page 200 — 5. Par le retour compliqué du semblable, second emblème de la face 2
Il est vrai qu’une mise en page uniformément réalisée « à l’italienne » aurait, par rapport à l’ensemble des autres, fortement réduit la taille de cet emblème :
Page d’EingAnjea putativement réalisée par mes soins
Cependant, lorsqu’il s’agissait d’expliquer l’abandon de tous les projets d’édition d’EingAnjea, Ève de Poitiers soulignait avant tout le fait que l’usage auquel ces tables et ces illustrations étaient destinées n’était nullement leur lecture suivie, mais par leur intermédiaire, la remémoration de leurs existences parallèles ; et cet usage exigeait qu’elles puissent, au cours de leurs transes autohypnotiques, manipuler librement l’ensemble des « pages » relevant d’un même cube historié.
Aussi pour finir les emblèmes et les tables d’EingAnjea furent réalisés sur des supports séparés, dont les liasses sont aujourd’hui encore conservées dans sept dossiers distincts. Et les six pages liminaires, désormais privées de leur usage éditorial, furent archivées parmi les documents et études préparatoires de Merriwollert.
Cube réalisé par Irma Waybourne (étude préparatoire pour EingAnjea)
Par contrecoup, ce qu’Ève de Poitiers appelait « l’ordre de succession des faces », un aspect matériel d’EingAnjea, qui constitua tout d’abord une dimension fondamentale du recueil, perdit beaucoup de son importance.
L’ordre de présentation initialement prévu pour les 7 poèmes se référait en effet à deux agencements différents :
Les trois poèmes centraux :
À rebrousse larmes
Sans substance absolument
Sculpté sur le ciel pour tes lèvres
devaient être présentés en trois groupes de trois « faces » successives :
4 7 3 / 2 8 5 / 1 9 6.
Chaque groupe réunissait les trois « faces » parallèles du cube concerné, ces « faces » correspondant, rappelons-le, à leurs trois couches de 9 cubes élémentaires : extérieure, intérieure, extérieure.
Les quatre poèmes « périphériques » :
Là-bas comme ici
Danse des mortes au point du jour
…
Par le retour compliqué du semblable
Sur de plus vastes terres
devaient en revanche se conformer à l’agencement :
9 / 1 3 5 / 7 / 2 4 6 / 8
Les trois couples de « faces » extérieures parallèles : 1 et 6, 3 et 4, 5 et 2, s’y succèdent maintenant en deux groupes : 1-3-5 d’une part, 2-4-6 d’autre part, selon la symétrie « en miroir » :
/ 1 / / 6 /
/ 3 / / 4 /
/ 5 / / 2 /
tandis que les faces intérieures : 9, 7 et 8, occupent les places initiale, centrale et finale.
Je n’ai malheureusement retrouvé, parmi les papiers laissées par Ève de Poitiers après son décès, aucun document me permettant de déterminer pourquoi Irma et Ève avaient choisi une telle séquence, et en particulier pourquoi les trois faces intérieures s’organisent ici selon la suite : 9 — 7 — 8, au lieu par exemple de la succession : 9 — 8 — 7. La seule hypothèse qui me vient à l’esprit, est qu’on y retrouve, au sein des trois triplettes de faces parallèles : 1 9 6 / 4 7 3 / 2 8 5, le même ordre que dans la séquence : 1 — 3 — 5, évoquée ci-dessus.
*
Aujourd’hui, l’usage, personnel et privé, qu’Irma et Ève faisaient de ces feuillets n’a plus lieu d’être. C’est pourquoi Nous avons donc, Harald Langstrøm et moi-même, décidé de revenir lors de cette édition d’EingAnjea à la disposition des « faces » initialement prévue par ses auteures.


















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