Cubes imbriqués

 

 

 

 

 

Harald Langstrøm

 

 

 

 

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Chacun des sept poèmes d’EingAnjea est associé à un cube lui-même composé de 33 = 27 cubes élémentaires. Parmi ces derniers, 26 peuvent être observés « de l’extérieur », étant donné qu’au moins une de leurs faces fait partie d’au moins l’une des faces du cube composite total. Quant au dernier cube élémentaire, il occupe le centre du cube composite.

Les 26 cubes « périphériques » sont soit de couleur claire, soit de couleur foncée. Ces deux teintes forment couple, et se trouvent associées :

— pour le fond clair, à la lumière, au jour, à l’été austral, et surtout à Anjea et à Ève de Poitiers,
— pour le fond sombre, à l’obscurité, à la nuit, à l’hiver austral, et surtout à Eingana et à Irma Waybourne.

Il convient de noter cependant que, dans leur représentation originale sur les grands tableaux de cryptoglyphes et de fragments poétiques, il ne s’agit pas d’un contraste entre le blanc et le noir (comme c’est le cas par exemple lorsqu’il s’agit du yin et du yang), mais de fonds historiés clairs ou foncés.

Le cube élémentaire central, qui ne porte ni cryptoglyphe ni fragment poétique, est quant à lui de teinte intermédiaire grise, et se trouve associé à la « septième saison » de Merriblinte, celle de Lunèbres = Témière, une saison qui se manifeste à l’occasion des deux crépuscules circadiens ainsi que des deux équinoxe annuels, et indique la présence, ou du moins la proximité d’EingAnjea = AnjEingana (voir à ce sujet le poème : 0. Sans substance absolument).

Dans la version achevée d’EingAnjea, la septième face (intérieure) du cube total du troisième poème : À rebrousse larmes,  se présente ainsi :

 

 

poeme-3-face-7-cryptoglyphes

  1. À rebrousse larmes, face 7, tableau des cryptoglyphes

 

 

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  1. À rebrousse larmes, face 7, premier emblème

 

 

poeme-3-face-7-fragments

  1. À rebrousse larmes, face 7, tableau des fragments poétiques

 

 

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  1. À rebrousse larmes, face 7, deuxième emblème

 

 

Pour cette face, les deux tableaux (de cryptoglyphes et de fragments poétiques) ont des fonds colorés correspondant à une partie des emblèmes qui les accompagnent. Cette règle comporte un certain nombre d’écarts ou d’exceptions ; ainsi pour la face 5 de ce même poème, le tableau des cryptoglyphes a un fond de couleur est complémentaire de celle de l’emblème qui l’accompagne :

 

 

poeme-3-face-5-embleme-1-depouiller-la-candeur-de-lautomne

  1. À rebrousse larmes, face 5, premier emblème

 

 

poeme-3-face-5-cryptoglyphes

  1. À rebrousse larmes, face 7, tableau des cryptoglyphes

 

 

Chacun des 26 cubes élémentaires « extérieurs » de chaque poème a par conséquent 6 faces de même teinte dominante (claire ou foncée). Ces 6 faces se répartissent en trois couples de 2 faces, parallèles entre elles et perpendiculaires aux deux autres couples de faces. L’une des deux faces parallèles et opposées comporte un cryptoglyphe, et l’autre un fragment poétique, qui se trouvent appariés, et appartiennent, dans EingAnjea, à la même « face » du grand cube composite.

À chaque poème correspond ainsi un cube complexe composé de 27 cubes élémentaires, 13 d’entre eux étant de teinte sombre, 13 de teinte claire, tandis que le dernier (le cube élémentaire central), de teinte intermédiaire, ne porte à sa surface ni cryptoglyphes ni fragments poétiques. De la sorte, chaque poème enveloppe 78 cryptoglyphes et 78 fragments syntagmatiques différents, soit pour l’ensemble d’EingAnjea, 546 cryptoglyphes et 546 fragments poétiques.

 

 

 

 

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Les sept grands cubes

 

 

Dans EingAnjea, les structures cubiques complexes caractérisant chacun des 7 poèmes apparaissent sous la forme de tableaux appariés deux à deux : le premier comporte en son centre 9 cryptoglyphes, et le second 9 fragments poétiques. Il s’agit des 2 faces parallèles des 9 cubes élémentaires qui s’y trouvent représentés.

[Il y a lieu toutefois de remarquer que ces tableaux appariés possèdent la même répartition de cubes élémentaires sombres et clairs, alors que, si la couche d’un seul cube élémentaire se trouvant en surface était observée telle quelle selon ses deux faces opposées, elles devraient subir une inversion de symétrie gauche/droite, avec par exemple, pour la face 7 du poème : 3. À rebrousse larmes, reproduite ci-dessus, une apparence comme :

 

 

poeme-3-face-7-fragments        poeme-3-face-7-cryptoglyphes-inverses

 

Il faudra alors supposer que, si des cryptoglyphes se trouvent sur trois faces contiguës de chacun des cubes élémentaires et des fragments poétiques sur les trois autres faces, chaque cube élémentaire opère pour son propre compte une rotation de 180° dans l’espace lorsqu’on passe, au sein de chaque face, du tableau des cryptoglyphes à celui des fragments poétiques : dans ces couples de tableaux, la répartition en cubes élémentaires de teinte claire et de teinte sombre est en effet toujours exactement la même.]

Il y a de plus, pour les sept grands poèmes d’EingAnjea, seulement quatre structures différentes de cubes élémentaires clairs et foncés, car les trois paires de grands cubes complémentaires : 1. Là-bas comme ici et 6. Sur de plus vastes terres, — 2. Danse des mortes au point du jour et 5. Par le retour complique du semblable, — 4. Sculpté sur le ciel pour tes lèvres et 3. À rebrousse larmes, se contentent d’inverser la valeur claire ou foncée des cubes dont ils sont composés, sans changer la structure de leur répartition relative.

Le quatrième cube, qui correspond à : 0, Sans substance absolument, demeure isolé ; notons cependant que les faces extérieures 2 et 5 sont complémentaires l’une de l’autre, que les couples de faces 6 et 4 d’une part, 1 et 3 d’autre part, sont énantiomorphes, tandis que les couples de faces 6 et 1 d’une part, 4 et 3 d’autre part, sont identiques à l’exception de leur « case » centrale, sombre pour les premières, claires pour les secondes. De leur côté, les faces intérieures 7 et 9 sont énantiomorphes l’une par rapport à l’autre ; la face 8 quant à elle est unique en son genre.

 

 

Structure de : 0. — Sans substance absolument

 

 

les-9-faces-cube-0-2

Cube 0, Sans substance absolument
Clair : AnjEingana (et non Anjea seule) – Foncé : EingAnjea (et non Eingana seule)
Gris : AnjEingana = EingAnjea

 

 

Première paire de grands cubes appariés :

 

[Pour ces trois paires : Clair = Anjea – Foncé = Eingana.]

 

 

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Cube 1, Là-bas comme ici

 

 

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Cube 6, Sur de plus vastes terres

 

 

Deuxième paire de grands cubes appariés :

 

 

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Cube 2, Danse des mortes au point du jour

 

 

les-9-faces-cube-5-2

Cube 5, Par le retour compliqué du semblable

 

 

Troisième paire de grands cubes appariés :

 

 

les-9-faces-cube-3-2

Cube 3, A rebrousse larmes

 

 

les-9-faces-cube-4-2

Cube 4, Sculpté sur le ciel pour tes lèvres

 

 

NOTE. Ces 7 documents, qui font partie des ébauches et études préparatoires d’EingAnjea, ont été conservés par Ève de Poitiers après la mort d’Irma. Ils nous révèlent quels étaient les titres anglais des poèmes du recueil intitulé : AnjeiNgana, propriété personnelle d’Irma Waybourne On constate ainsi qu’Ève de Poitiers n’a pas procédé à une traduction littérale de fragments poétiques issus d’une hypothétique version anglaise originale : des différences notables apparaissent dans plusieurs cas, tel ce : « Flow backwards, o my tears » (« retournez à la source, ô mes larmes », devenu : « À rebrousse larmes », ou ce : « Dead dancing women at daybreak » (« Danseuses mortes au point du jour »), devenu : « Danse des mortes au point du jour ». Il est aujourd’hui établi que, bien que l’exemplaire anglais d’EingAnjea nous soit inaccessible, les deux manuscrits d’EingAnjea/AnjeiNgana représentaient plutôt deux versions parallèles d’un même ouvrage, le premier étant l’œuvre d’Ève de Poitiers, et le second d’Irma Waybourne.

 

 

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Environnement des faces cubiques

 

 

Les tableaux de cryptoglyphes et de fragments syntagmatiques, tels qu’on peut les voir dans Einganjea, ne font pas seulement apparaître les neuf éléments d’une des 9 faces, intérieures ou extérieures, des « grands cubes poétiques », mais sont accompagnés d’une représentation de 4 x 3 = 12 éléments immédiatement adjacents à son périmètre, et comprennent  tous par conséquent : 9 + 12 = 21 éléments. Toutes ces images indexées sont soit des cryptoglyphes, soit des fragments poétiques. Il s’agit en réalité d’une sorte de rappel du fait que la signification de chacune des 9 parties (cryptoglyphique ou linguistique) des 7 poèmes ne se trouve pas limitée aux huit ou neuf éléments historiés de chaque face, mais s’étend de proche en proche à l’ensemble de chaque grand cube, formant ainsi une seule et unique composition tridimensionnelle.

Les six faces « extérieures » de chaque poème font ainsi figurer, à titre d’environnement, les rangées contiguës des 4 faces extérieures qui leur sont adjacentes, en sorte qu’y figurent de cette manière trois faces de chaque cube élémentaire sommital, et deux faces du cube élémentaire central de chacune de leurs arêtes. Soit ainsi par exemple la face 1 (extérieure) du sixième cube d’EingAnjea (Sur de plus vastes terres), avec son environnement complet : les quatre rangées de trois faces élémentaires carrées appartiennent aux quatre faces extérieures du même grand cube.

 

 

 

1-1-sur-de-plus-vastes-terres      1-2-sur-de-plus-vastes-terres

Deux tableaux de cryptoglyphes et de fragments poètiques, EingAnjea : 6. Sur de plus vastes terres.
La face 1 du grand cube poétique, avec ses 9 éléments carrés identiques, est au centre.

 

 

Cet environnement aurait pu s’étendre encore, comprenant par exemple l’ensemble de 5 des 6 faces extérieures du cube :

 

 

cube-6-face-1-etendue-structure-generale

 

Ève et Irma auraient de cette manière obtenu des images beaucoup plus vastes et beaucoup plus riches, comportant chacune par exemple, non pas 21, mais 45 éléments cryptoglyphiques et/ou poétiques[1].

 

 

 

cube-6-face-1-etendue-cryptoglyphes

 

cube-6-face-1-etendue-poeme

Cube 6, Sur de plus vastes terres, exemple de la face 1 étendue aux faces 2, 3, 4, 5,
où l’on peut détailler quelle en est la structure d’ensemble, cryptoglyphique et poétique
(pour des raisons de lisibilité, les différents emblèmes constituant le fond des tableaux d’origine ont été supprimés)

 

 

Avec l’environnement de leurs neuf faces restreint à la seule rangée des trois éléments extérieurs qui leur sont immédiatement adjacents, les cryptoglyphes et fragments poétiques situés à la surface extérieure des cubes apparaissent ainsi chacun trois fois dans les tableaux d’EingAnjea.

 

 

1-1-danse-des-mortes-element-cryptoglyphique-propre

  1. Danse des mortes au point du jour, face 1 extérieure,
    avec sélection d’un élément cryptoglyphique se trouvant au centre d’une de ses arêtes

 

 

Ce cryptoglyphe se retrouve dans l’environnement de la face 4 extérieure, adjacente à la précédente :

 

 

1-1-danse-des-mortes-face-4-le-meme-element-fait-partie-de-lenvironnement

  1. Danse des mortes au point du jour, face 4 extérieure,
    le même élément cryptoglyphique comme élément d’environnement

 

 

Et il appartient aussi à l’environnement de la face 8 intérieure de ce même cube :

 

 

1-1-danse-des-mortes-face-8-le-meme-element-fait-partie-de-lenvironnement

  1. Danse des mortes au point du jour, face 8 intérieure,
    le même élément cryptoglyphique  fait une deuxième fois partie de l’environnement

 

 

 

Dérivation des faces internes

 

 

Dans EingAnjea, les faces intérieures 7, 8 et 9, respectivement parallèles aux faces :

3 – 7 – 4
2 – 8 – 5
1 – 9 – 6

sont elles aussi entourées de 4.3 = 12 éléments, correspondent à la rangée « centrale » de chacune des quatre faces extérieures qui leur sont adjacentes.

Là aussi, les représentations des cryptoglyphes d’une part, des fragments syntagmatiques d’autre part, se conforment à la même structure d’éléments clairs et obscurs, et cette structure privilégie le point de vue des faces extérieures 1, 2 et 3, au détriment du point de vue que l’on aurait à partir des faces 4, 5 et 6.

Étudions, pour illustrer ce point, le cas de la face intérieure 9 du cube 6 de : Sur de plus vastes terres, parallèle aux deux faces extérieures 1 et 6.

 

 

 

9-1-sur-de-plus-vastes-terres      9-2-sur-de-plus-vastes-terres

Les deux tableaux de cryptoglyphes et de fragments poétiques d’EingAnjea : 6. Sur de plus vastes terres.
Au centre, la face 9 du grand cube poétique, avec ses 8 éléments historiés et son élément central gris.

 

 

  1. a) La face extérieure 1, replacée dans son environnement, est entourée des faces 2 et 5 d’une part, 3 et 4 d’autre part :

 

 

cube-6-face-1-etendue

 

Isolons les rangées centrales des quatre faces de cet environnement, et nous retrouvons la configuration de la face intérieure 9, qu’il est alors aisé de reconstituer : il suffit pour ce faire de reporter les rangées centrales des 4 faces environnantes dans la périphérie de cette face intérieure :

 

 

cube-6-face-9-interieure-avec-son-environnement-exterieur-comme-si-elle-remplacait-la-face-1

 

Supposons maintenant que nous prenions comme point de départ d’une telle reconstitution l’environnement de la face extérieure 6, parallèle et opposée à la face 1 :

 

 

cube-6-face-6-etendue-structure-generale

 

En appliquant la même méthode que précédemment, nous obtiendrions une face intérieure 9 qui aurait subi, par rapport à la précédente, une inversion gauche/droite :

 

 

cube-6-face-9-interieure-comme-si-elle-remplacait-la-face-6

 

Cette particularité apparaît aussi, rappelons-le, dans la manière dont les tables de cryptoglyphes et de fragments poétiques se correspondent deux à deux, sans qu’on puisse cependant dire, faute de témoignage laissé par Ève ou par Irma, quel point de vue, celui des cryptoglyphes ou celui des fragments poétiques, doit dans ce cas être privilégié.

Et à la différence de ce qui se passe avec le contenu des faces extérieures, chaque cryptoglyphe et chaque fragment poétique faisant partie des faces intérieures des grands cubes poétiques apparaît une fois seulement dans le recueil d’EingAnjea.

 

 

 

 

 

 


[1]. Harald Langstrøm oublie ici de considérer la manière dont Ève et Irma utilisaient EingAnjea lors de leurs séances de remémoration hypnotiques : elles étalaient l’ensemble des feuillets traitant d’un même poème sur une vaste table, et passaient librement d’une feuille à l’autre, faisant alterner emblèmes, cryptoglyphes et atomes linguistiques selon la nature de leurs associations d’idées et l’enchaînement de leurs souvenirs. Elles n’avaient pas besoin pour ce faire de tableaux dotés d’un environnement très important (ou elles auraient alors dû rassembler toutes les données liées à chacun des 7 poèmes d’EingAnjea dans un seul tableau géant, ce qui n’aurait pas été du tout pratique). [Note ajoutée par Raymond Lumley]